L’Évangile des béatitudes

En ce quatrième dimanche du temps ordinaire, l’Évangile présente le premier grand discours que le Seigneur adresse à la foule sur les douces collines qui entourent le lac de Galilée. Jésus, nouveau Moïse, prend place sur la “chaire” de la montagne et proclame « bienheureux » les pauvres en esprit, les affligés, les miséricordieux, ceux qui ont faim de justice, les cœurs purs, les persécutés (cf. Mt 5, 3-10). Il ne s’agit pas d’une nouvelle idéologie, mais d’un enseignement qui vient d’en haut et touche la condition humaine, celle, justement, que le Seigneur a voulu assumer en s’incarnant pour la sauver. C’est pourquoi le Discours sur la montagne est adressé à tout le monde, dans le présent et dans l’avenir… et ne peut être compris et vécu qu’à la suite de Jésus, en marchant avec Lui. Les Béatitudes sont un nouveau programme de vie pour se libérer des fausses valeurs du monde et s’ouvrir aux biens véritables, présents et futurs. Quand, en effet, Dieu console, rassasie la faim de justice, essuie les larmes des affligés, cela signifie que, en plus de récompenser chacun de manière sensible, il ouvre le Royaume des Cieux. Les Béatitudes sont la transposition de la croix et de la résurrection dans l’existence des disciples. Elles reflètent la vie du Fils de Dieu qui se laisse persécuter, mépriser jusqu’à la condamnation à mort, afin que le salut soit donné aux hommes.

L’Évangile des Béatitudes s’explique par l’histoire même de l’Église, l’histoire de la sainteté chrétienne, parce que — comme l’écrit saint Paul — « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est » (1 Co 1, 27-28). C’est pourquoi l’Église ne craint pas la pauvreté, le mépris, la persécution dans une société souvent attirée par le bien-être matériel et par le pouvoir du monde. Saint Augustin nous rappelle qu’il « n’est pas utile de souffrir de ces maux », mais qu’il faut « les supporter pour le nom de Jésus, non seulement avec une âme sereine, mais aussi avec joie. »

Chers frères et sœurs, invoquons la Vierge Marie, la Bienheureuse par excellence, en lui demandant la force de chercher le Seigneur (cf. So 2, 3) et de le suivre toujours, avec joie, sur le chemin des Béatitudes.

Pape Benoît XVI, Angélus du 30 janvier 2011